L'aveuglement des haïtiens face au désastre écologique qui les entoure

Haïti

Haiti, autrefois la Perle des Antilles, traverse un itinéraire difficile de son histoire. "Ce joyau des mains de Dieu tombé", pour répéter le poète Oswald Durand, vit dans un état comateux.

Socialement, notre pauvre petit pays est en agonie. Physiquement, il se meurt. Notre bilan environnemental est désastreux voire apocalyptique. En palpant du doigt la réalité écologique dans certaine zone du pays, plusieurs observateurs n'hésitent pas à comparer Haïti à un pays frappé par une bombe atomique.

La littérature sur l'écologie en Haïti est l'une des plus fécondes durant ces dix dernières années. L'ampleur de notre facture environnementale est telle qu'une certaine sensibilisation semble gagner les coeurs et les esprits. Aujourd'hui, le message écologique est mieux reçu qu'il y a dix ans environ. On dirait qu'une certaine forme de conscientisation s'est opérée en ce sens. Et pourtant, les mêmes problèmes demeurent.

L'Haïtien affiche encore un comportement anti- écologique. Il n'intériorise pas les principes écologiques. Il assassine le milieu naturel au profit de sa survie. Il piétine la biodiversité. Il massacre l'environnement pour assouvir son instinct de prédateur. En ce sens, il imite le Barbare qui détruit tout sur son passage pourvu qu'il subsiste.

Pour sauver notre patrimoine naturel, il est nécessaire de transformer la perception de l'Haïtien à l'égard de son environnement. Son éducation écologique est à faire.

Le comportement écologicide de l’Haïtien se manifeste dès sa plus tendre enfance. En guise d'amusement, le jeune Haïtien fabrique une fronde avec laquelle il fait la chasse aux oiseaux. En voyant une volaille perchée sur un arbre, son premier réflexe est d'utiliser son arme afin d'abattre l'animal. On n'a pas appris à cet enfant le rôle que jouent les animaux dans l'équilibre biologique. Son irrespect pour les animaux s’agrandira quand il apprendra de ses parents à maltraiter les bêtes, à utiliser contre elles, sans aucune raison valable, le fouet, le béton etc. Plus tard, s'il a la chance d'être instruit, l'école ne lui inculquera pas les notions de base de l'éducation et l'information à l'environnement.

Devenu adulte, ce citoyen quoique instruit, ne témoignera aucun respect pour l'environnement. Il sera, inconsciemment, un agent « anti-environnement ». La coupe anarchique des arbres, la déforestation, le tarissement de nos sources ne lui dira absolument rien.

Par voie médiatique, il peut être informé du délabrement de son environnement sans que cette information ne fasse aucun effet sur lui. Malgré les renseignements qu'il a emmagasinés, il continuera à jeter les détritus dans les rues, à les brûler en dépit des nuisances qu’ils occasionnent.

La misère devient une excuse trop facilement avancée pour justifier le comportement écologicide des Haïtiens. Au nom de la pauvreté, tout est permis : construire au bord des ravines, abattre des arbres pour faire du charbon de bois, exploiter les carrières de sables dans des zones dangereuses. La protection de l'environnement est sacrifiée sur l'autel des intérêts particuliers. La survie est privilégiée à la préservation des réserves naturelles. En aucun cas la pauvreté ne peut justifier l'attitude suicidaire des Haïtiens face à leur environnement.

Vu la somme des problèmes auxquels nous sommes confrontés dans le domaine écologique, il est urgent que nous fassions quelque chose pour éradiquer en nous ce comportement anti-civilisateur. Pour transformer les mentalités, l'école est un carrefour obligé. Il faut intégrer l'éducation environnementale dans les programmes scolaires, utiliser intensivement les médias pour sensibiliser la population.

La crise écologique qui nous affecte étant systémique c’est-à-dire inhérente à d'autres compartiments de la société, il ne faut pas commettre l'erreur de se vouer seulement à l'aspect éducatif. L'amélioration de notre condition écologique dépend en grande partie d'une embellie économique. On ne conçoit pas un changement d'attitude des gens vis-à-vis de leur milieu sans une réelle transformation de leur condition économique.

L'heure que nous vivons est gravissime. La menace écologique qui nous
grimace enlève le sommeil à plus d'un. Le moment ne se prête pas aux mesures cosmétiques et folkloriques consistant à mettre en terre quelques arbres et prétendre combattre la dégradation que subit notre environnement.

L'heure est à l'action. Il faut mettre un frein à notre immobilisme écologique. Le verbalisme qui nous caractérise nous a fait trop de tort en matière environnementale. On s'accroche à des jérémiades, à des pleurnicheries sans rien faire de concret.

Le dépérissement de l'environnement haïtien, tout le monde en parle mais personne ne fait rien de plausible. L'alarmisme, dépouillé de toute action, ne nous mènera nul part, il « faut agir et agir vite et bien ».

Protéger l'environnement est une démarche patriotique et humanitaire. Le devoir civique incombe à chacun de travailler de manière à rendre sain son milieu. Dans le domaine environnemental, on ne peut pas sauver sa peau si l'autre est contaminé. Ici on est embarqué sur le même bateau, tout le monde est assujetti au même risque s'il y a danger. En conséquence, toute logique solitaire est néfaste et suicidaire.

L'assimilation de l'information et de l'éducation doit permettre à l'Haïtien de tourner ses regards sur l'intérêt de la collectivité, de cesser de ne voir que lui-même, d'aiguiser sa conscientisation, bref tout ceci doit l'amener à civiliser sa conception sur l'écologie.

Parti Vert Haïtien
Partiverthatien@yahoo.fr
Arioste Beauvin

RETOUR AU BULLETIN PRINCIPAL