Une force vive citoyenne : les 15-35 ans

Auteure :
Jacqueline Romano-Toramanian
membre du c.a. de l'AQPERE et du comité des retraités Brundtland, CSQ
romtoj@hotmail.com

Canada

Du 27 au 30 août 2009, j'ai eu le grand bonheur de participer à Montréal à la 6e édition de l'École d'Été de l'INM (Institut du Nouveau Monde). Le thème cette année : Et si on prenait le pouvoir ? Quel thème énergique, rassembleur, mobilisateur mais aussi qui vient subrepticement nous chatouiller dans nos sensations, nos perceptions, nos secrets désirs, ambitions, fantasmes ou peurs.

Qui est ce provocateur qui, derrière une question qui semble innocemment ludique et invitante, incite quasiment à répondre par : "Eh oui! Allons-y! Pourquoi pas!", nous ramène lentement mais sûrement à nos neurones : Oui mais, si nous étions aux commandes, si l'on se voyait réellement confier les rênes du pouvoir, qu'en ferions-nousé? Comment l'exercerions-nous? Et tout d'abord pourquoi on le voudrait ce pouvoir? Pour faire quoi avec? Qu'est-ce qu'on veut changer? Et puis, comment ça se prend le pouvoir? A quel prix?

Cet agitateur de neurones, c'est Michel Venne le directeur, le fondateur, l'âme de l'INM. Lorsqu'il se fait poser la question: "Et vous monsieur Venne, si vous preniez le pouvoir? " Il répond sans hésiter que le pouvoir il l'a pris en créant l'INM en 2004, une véritable plateforme qui permet aux "citoyens qui ont peu de poids dans la structure démocratique actuelle", de faire entendre leur voix.

Oui, cela témoigne bien de sa foi inébranlable dans la capacité des jeunes à sortir des sentiers battus, à innover, à rêver la société dans laquelle ils souhaiteraient vivre et à en être les principaux agents de changements.

Cependant il ne leur dore pas la pilule et leur dit: "Notre monde va changer quand vous déciderez de prendre la place. Cette place ne vous revient pas de droit. Vous devez évidemment la mériter. En démocratie,vous devez prouver que vous êtes dignes de représenter vos concitoyens et de prendre des décisions en leur nom".

L'école d'été de l'INM, qui, signalons-le, est certifiée carboneutre, est sous le patronage de la Commission Canadienne pour l'UNESCO.

Environ 500 jeunes âgés de 15 à 35 ans issus de tous les coins du Québec, comprenant aussi un certain nombre de participants venus de Suisse, de Belgique et de France se sont croisés à maintes reprises dans l'Agora du pavillon Judith Jasmin de l'UQAM (Université du Québec à Montréal), pour se rendre à leurs activités respectives.

Au menu de cette 6e école d'été : des conférences, des tables rondes, des ateliers donnés par des personnes très inspirantes du monde de la politique, des médias, des finances, de l'environnement, de la culture et de l'éducation offerts à tous les participants indépendamment du parcours auquel ils étaient inscrits. Mais quels choix difficiles parfois même déchirants. Comment choisir entre une Céline Galipeau, première femme chef d'antenne à la télévision de Radio-Canada, ayant à son actif plusieurs reportages chocs en Tchétchénie, au Kosovo et en Afghanistan, qui lui servent de fond pour parler de l'oppression des femmes à l'étranger, et entre une Rose-Marie Charest, Présidente de l'ordre des Psychologues du Québec, qui leur parlera de l'usage sain du pouvoir et des responsabilités qu'engendrent la prise de pouvoir et l'engagement.

Comment choisir entre une table ronde sur la consommation responsable une autre sur l'effet Obama et l'espoir que cet homme semble représenter pour toute la communauté internationale, un atelier qui initiera aux stratégies intelligentes de marketing pour une entreprise engagée socialement, ou encore un atelier qui traite de l'engagement politique, des mécanismes et stratégies pour canaliser sainement le pouvoir et qui invite les participants à clarifier leurs positions personnelles avant de s'impliquer dans leurs communautés. Pour couronner le tout, dans cette même plage horaire, une conférence de Monia Mazigh sur les droits de la personne après le 11 septembre, une autre de Amir Khadir sur l'importance de Québec solidaire à l'Assemblée nationale même avec un seul siège et encore une autre de Amanda Sussman, activiste politique qui a conseillé de nombreuses organisations telles que Greenpeace, Human Rights Watch, Amnistie internationale et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés sur l'activisme politique.

En vérité les choix n'étaient pas faciles à faire!

Le noyau dur de cette école d'été: Les parcours citoyens.

Quatre parcours citoyens:

  • Le pouvoir, maintenant! comprenant cinq volets:
    ** Démocratie, Justice sociale, Diversité culturelle, Environnement, Education;
  • A go, on change le monde! comprenant 2 volets:
    ** Idéation de projet, Développement de projet;
  • Artistes, engagez-vous! comprenant 2 volets:
    ** Slam poésie, Plaidoyer burlesque
  • Médias engagés comprenant 3 volets:
    ** Radio, Vidéo, Photojournalisme

Chaque participant s'inscrivait à un seul volet dans un seul des quatre parcours. Tous les jours un bloc de trois heures incluant le repas du midi réunissait les participants d'un même volet.

Quelle aventure! Quel défi! Il s'agissait, par exemple, pour les participants de chacun des volets du parcours Le pouvoir maintenant! de réfléchir sur le concept en question, s'approprier l'information, débattre, en faire ressortir une vision commune pour ensuite rédiger trois à cinq propositions qui devaient être présentées en plénière par des porte-parole de chaque équipe de travail. Un véritable moment magique où chacun des participants a ressenti la fierté d'avoir participé à la construction d'un travail bien articulé, bien pensé et digne d'être présenté aux autres participants et pourquoi pas... à l'Assemblée nationale! Michel Venne ne s'était-il pas engagé à acheminer toutes les propositions à l'Assemblée nationale?

Le moment le plus fort, le plus culminant a été celui de la plénière. Un moment bien solennel où régnait une belle synergie. Le moment où, tour à tour des représentants des équipes de chacun des volets des quatre parcours ont été invités à monter sur le podium pour présenter leur vision et les propositions qu'ils feraient en priorité, en tant que décideurs, s'ils prenaient le pouvoir! pour construire le Québec et le monde dans lequel ils veulent vivre.

Ces présentations ont eu lieu en présence de nul autre que monsieur Yvon Vallières, président de l'Assemblée nationale. Et quelle courant de fierté a traversé la salle lorsque monsieur Vallières, s'adressant aux paticipants a déclaré à toute cette jeunesse réunie que la plupart des propositions étaient applicables dès maintenant, en tout ou en partie!

De quoi satisfaire les environnementalistes et les défenseurs de l'éducation relative à l'environnement!

Voici quelques propositions émanant du volet environnement:

  • La promotion de l'autonomie et de l'efficacité énergétique à tous les niveaux en encourageant l'utilisation des énergies renouvelables (éoliennes, thermiques, solaires, biomnasses, hydrauliques, etc.) et en limitant l'utilisation des énergies fossiles;
  • l'élimination graduelle de la place de l'automobile dans les grandes villes pour favoriser l'intermodalité des transports;
  • la réduction des émissions des gaz à effet de serre et du gaspillage des aliments en implantant un système régionalisé de distribution et de transformation agroalimentaire;
  • la promotion de l'économie verte et locale par un crédit d'impôt aux PME qui sont écologiquement responsables;
  • la revitalisation urbaine durable - rues vertes;
  • la création d'outils de sensibilisation qui recensent et font la promotiion des efforts de la population en terme d'atteinte des objectifs post-Kyoto (notamment en intégrant aux CPE, centres de la petite enfance, et au système scolaire des plages horaires allouées à l'éducation à l'environnement.

Un autre moment très émouvant lors de cette plénière qui a vissé tous les participants sur leur siège: celui de la déclamation des slams présentés par le volet Slam poésie, lors des présentations du parcours Artistes, engagez-vous!

Enfin, je voudrais signaler une activité qui a eu lieu pendant l'école d'été 2009, lors d'un petit-déjeuner-rencontre intitulé: Amène ton vieux. Cette activité était le prélude d'un projet qui se poursuivra tout au long de l'année 2010 (consultez le site générations.inm.qc.ca), et qui s'intitule:
Rendez-vous des générations de l'Institut du nouveau monde - Un dialogue citoyen sur les enjeux du vieillissement de la société québécoise: Vers un nouveau contrat social entre les générations.

Il s'agissait pour chaque jeune d'amener son vieux ou sa vieille à ce petit déjeuner. Comme j'étais la vieille d'une jeune française de 23 ans, d'origine congolaise, Sulamythe Mokounkolo, je vous livre les résultats de nos cogitations à deux, lors de cette activité.

Sur nos napperons apparaissait un titre: Trois questions pour un café des âges. Chaque jeune avec son vieux ou sa vieille devaient y répondre. Voici chacune des trois questions avec le consensus de nos opinions respectives sur celles-ci:

1- La société québécoise vieillit: c'est une chance ou un problème? Pourquoi?

Une chance parce que chacun aura besoin de l'autre. Une chance si les aînés jouent bien leur rôle de mentors et que les jeunes le leur laissent jouer et que les aînés à leur tour fasse de la place à la contribution des jeunes dans tous les domaines et apprennent d'eux.

2- Comment les jeunes vont tirer leur épingle du jeu dans une société vieillissante?

Par des nouvelles idées pour développer une nouvelle société. En établissant des ponts, des passerelles entre la nouvelle et l'ancienne génération. Dialogues, dialogues et encore dialogues entre les jeunes et les aînés.

3- A quelles conditions les aînés pourront-ils demeurer actifs dans la société?

Par l'écoute et le respect mutuels. La reconnaissance mutuelle des aînés vis-à-vis des jeunes, et des jeunes vis-à-vis des aînés. Dialogue, encore dialogue.

Que les aînés prennent conscience que les choses bougent, évoluent, ne sont pas coulées dans le béton. Que les aînés soient prêts à se laisser influencer, inspirer par les jeunes et que les jeunes reconnaissent la sagesse et l'expérience des aînés. Que les aînés gardent leur passion, leur enthousiasme et puissent les communiquer et les nourrir au contact de la fougue et de la curiosité des jeunes. Que les aînés et les jeunes gardent toujours leur jugement critique.

En guise de conclusion, je dirai que personnellement ma participation à l'école d'été 2009 m'a insufflé un vent d'espoir et d'optimisme. Michel Venne a parié sur ces jeunes et il a gagné son pari. Nos jeunes sont prêts à prendre le relais et à affronter le défi de construire le monde dans lequel ils voudront vivre. À l'issu de cette session de quatre jours, ils ont démontré que lorsqu'on leur en donne la possibilité, ils ont la maturité nécessaire pour réfléchir, s'informer, débattre, s'impliquer, s'engager et faire des propositions réalistes et réalisables. En somme, tous les ingrédients nécessaires pour prendre le pouvoir avec sagesse et discernement, quel que soit le métier ou la profession qu'ils exerceront plus tard et peu importe qu'ils soient dans la politique active ou de simples citoyens d'une société civile consciente de sa force et prête à assumer son rôle important de chien de garde dans tous les domaines de la sphère économique, sociale, culturelle et environnementale avec une vision de développement durable.

Je joins à cet article, le communiqué présentant le bilan de l'école d'été 2009, les propositions et projets présentés à l'Assemblée citoyenne lors de la plénière et enfin les trois quotidiens de l'école d'été qui ont si bien su couvrir l'événement (vendredi - samedi - dimanche). Je signale avec beaucoup d'admiration que les journalistes en herbe de ce quotidien étaient tous des jeunes étudiants du Cégep de Jonquière en Art et techbologie des médias, option Journalisme et Publicité, et a été entièrement réalisé par eux. Donc des jeunes de moins de vingt ans!

Vous pourrez aussi retrouver sur le site de l'Institut du nouveau monde (www.inm.qc.ca), le programme complet de l'école d'été 2009 et tout ce qu'il faut savoir sur l'Institut du nouveau monde. Je vous souhaite la force et le courage de créer dans vos pays respectifs, si ce n'est déjà fait, un tel Institut pour vos jeunes et, en attendant de pouvoir complètement le faire, d'envoyer quelques délégués à la prochaine école d'été, édition 2010 !