Volume 3, no.3, PRINTEMPS 2009

Collectifs nationaux

Le Sénégal à pied d’œuvre pour trouver leur place dans les actions de promotion de l’ERE pour le développement durable

Mahamadoul Hady GUEYE,
Comité des Educatrices et Educateurs sénégalais (e)s pour l’ERE
CEESERE/UDEN, Dakar, Sénégal

Sénégal

Le Rendez-vous à ne pas manquer, c’était bien celui de la journée mondiale sur l’environnement avec la tenue le 06 juin 2008, d’un forum sur le thème retenu par le programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE) : « Non à la dépendance, pour une économie à faible émission de carbone ! »

Cette rencontre sur le thème de cette année, a été co-organisée par la Collectif sénégalais des Africaines pour la promotion de l’ERE(COSAPERE) et le Centre d’Information des Nations-Unies. Il faut saluer par là, l’initiative de cette organisation de la Société civile coordonnée par une enseignante, pour avoir convié au partage différents partenaires, surtout des élèves et des étudiants. Ainsi, les actrices et acteurs ont eu l’opportunité de promouvoir de nouvelles pratiques, pour la promotion des formes les plus propres et les plus renouvelables de rationalités énergétiques dans la vie de tous les jours.

Dans le même ordre d’idées, les fortes préoccupations sur les changements climatiques ont été au rendez-vous durant la journée.

C’est ainsi qu’un établissement de Dakar, le lycée Limamoulaye, polarisé par le projet Learning and observation to Benefit of Environement (GLOBE), en relation avec d’autres écoles de Dakar, a procédé à une restitution d’un travail de confection d’une base de données sur les changements climatiques entièrement réalisée par les élèves : Ils sont 40 élèves garçons et filles du club lycéen pour la promotion de la recherche scientifique en environnement, à être touchés et formés aux outils de travail, notamment l’utilisation d’instruments de mesure comme le pluviomètre, le thermomètre, le GPS, à faire des calculs de moyennes et de ratios sur des indicateurs physiques et à procéder au traitement des données sur logiciel. Est surtout visée, l’installation d’un socle de compétences à transférer au sein de la communauté ; des compétences aptes à donner une idée de l’empreinte écologique et surtout des changements climatiques ; cela, en relation avec les modifications très sensibles observées dans l’environnement depuis quelques années au Sénégal, à partir de données annuelles recueillies.

En outre, ces données compilées sont directement utilisées dans les classes scientifiques. Cependant, le plus intéressant reste la partie enquête auprès des parents et des groupements professionnels utilisateurs des données, en vue de noter les changements qu’ils ont observés dans leur vie quotidienne.
C’est ainsi, qu’il a été remarqué, depuis cinq ans et de façon précise, de sérieuses modifications comme le doublement des maxima pluviométriques accompagnés cependant d’une très mauvaise répartition dans le temps et l’espace : cela est consécutif sans aucun doute, à une expérience en cours concernant l’ensemencement des nuages et la provocation des pluies artificielles, surtout dans la zone sahélienne menacée par la désertification.

Une autre actrice, l’Association culturelle pour la promotion de l’Action éducative au Sénégal (ACAPES) a restitué dans la période, un cahier des kits d’apprentissage sur l’éducation globale pour les transformations sociales, entre autres, dans la dimension éducation à l’ERE pour le Développement durable : des fiches pédagogiques d’enseignement/apprentissage selon la pédagogie de l’intégration propre aux activités du curriculum basées sur l’approche par les compétences, ont été validées par les enseignant (e)s et testées auprès des élèves : 50 enseignant(e)s médiatrices/médiateurs et 1500 élèves sont directement concerné(e)s dans cette phase.

A cet effet, les compétences à installer prennent en compte de manière durable, le cadre de vie immédiat de l’apprenant(e) et celui dans lequel il interagit avec d’autres actrices et acteurs, et d’autres êtres vivants dans la biodiversité.

Les compétences visent :

  1. Le développement de réflexes individuels et collectifs dans les capacités de restauration du milieu naturel et de préservation du cadre de vie ;
  2. La promotion d’actions nécessaires et utiles avec la communauté, en vue de modifier les attitudes vis-à-vis des problèmes environnementaux du terroir ;
  3. La mesure d’un certain nombre de dysfonctionnements, y compris la forte promiscuité en milieu urbain et les conséquences sur le bien-être individuel et collectif.

Une autre référence, le Centre d’Education environnemental de Hann, qui mène actuellement un programme de formation et d’éducation destiné aux enseignant(e)s et à quelques 1500 élèves de l’enseignement primaire, choisi(e)s chaque année, dans l’Académie de Dakar : un dossier pédagogique est rendu disponible auprès des enseignantes et enseignants ; le projet soutenu par la coopération internationale, familiarise les apprenant(e)s avec leur environnement, selon une approche ethno botanique interactive.

Il faut encore signaler une initiative de la société civile encadrée par l’ONG ENDA/ Environnement qui lutte contre la désertification considérée comme un handicap majeur dans la gestion durable de l’environnement ; son programme Energie, environnement, développement est présenté selon une stratégie de partage en atelier, des pratiques d’actrices et d’acteurs.

Cette initiative présente l’originalité de faciliter le dialogue avec le Ministère de l’environnement, de la protection de la nature, des Bassins de rétention et des Lacs artificiels, dans la mise en œuvre de la convention des Nations-Unies, dans la lutte contre la désertification ; d’autant que ladite convention exige des signataires, l’élaboration de programmes nationaux de lutte, largement ouverts aux actrices et acteurs.

Et, pour rester dans l’éducation, une année scolaire assez originale s’est déroulée dans une localité proche de Saint-Louis, où un programme de protection de la biosphère a voulu récompenser des communautés villageoises, en ciblant un appui dans les études scolaires au bénéfice des élèves desdites communautés, dans une optique de pérennisation d’acquis et de développement de réflexes et de vocations en ERE. Il s’agit d’une formation des populations à des règles de gestion participative et durable des ressources dans une zone de régénérescence d’espèces menacées, une réserve mondiale de la biosphère, grâce à quelque fonds générés par le tourisme : c’est de « Gandon » qu’il s’agit, dans la région du delta du fleuve Sénégal, à Saint-Louis : 8000 personnes et une quinzaine de villages sont concernés par un programme appuyé par le Fonds pour l’environnement mondial et les Pays –Bas.

Ici, la difficulté majeure est liée à la faible mise en œuvre du code forestier, pour mettre fin à des pratiques villageoises comme la déforestation, le braconnage, les coupes abusives de bois pour la fourniture en bois et charbon de bois, forme exclusive de consommation énergétique dans le milieu; deux réponses intéressent les actrices et acteurs de la société civile : appuyer le programme de gestion participative qui implique l’association inter-villageoise, mais surtout, promouvoir les programmes d’éducation à l’environnement au profit des jeunes générations surtout celle scolaire.

Dans les approches éducatives, est lancé au Sénégal, à l’initiative d’OCEANIUM –Dakar et avec l’appui de partenaires du nord surtout avec l’Union mondiale pour la Nature (IUCM), un vaste programme de conservation de la zone côtière et maritime en Afrique de l’ouest : au centre d’une intervention prenant de plus en plus l’accent d’une sensibilisation/éducation, on note la promotion des aires maritimes protégées (AMP). Des films écologiques comme support d’une communication sociale, pour protéger et reconstituer la ressource halieutique, protéger la biodiversité et faciliter le rétablissement de l’eco système, sont visionnés. On peut dire qu’on a compris la nécessité de promouvoir les approches éducatives qui mobilisent les communautés et en leur sein, des jeunes surtout scolaires : quelques 11 000 villageois ont pu planter les propagules de palétuviers dans les estuaires menacés.

Les actrices et acteurs du Sénégal se retrouveront certainement, après le congrès mondial - rendez-vous a été pris - pour finaliser enfin le projet de mise en place d’un réseau national des actrices et acteurs en ERE, une manière de formaliser les rencontres de partage assez fréquentes qui ont lieu surtout à l’occasion de la célébration de la journée mondiale. Les membres de la délégation de Ouagadougou, issu de Planèt’ERE 3 s’y retrouvent toujours.