Devenir travailleure humanitaire chez soi. Une expérience pilote efficace !

Auteure : Brigitte Blalis
Agente de liaison au Québec pour Terre des jeunes Gonaïves (Haïti)
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Canada / Haïti

Une histoire incroyable est arrivée dans ma vie depuis le 12 janvier 2010. La veille du tremblement de terre en Haïti, Joël Augustin Dieuseul, président de Terre des jeunes Gonaïves, soupait chez moi. Il était venu, en touriste, voir la neige.

La catastrophe qui se produisait le lendemain allait bousculer bien des vies, dont la mienne, puisqu'à partir de ce jour, je suis devenue, graduellement, agente de liaison au Québec pour Terre des jeunes Gonaïves (Haïti).

Quelque chose me disait que le séjour forcé de Joël au Québec devait devenir utile. L'heure était venue pour moi de le mettre en contact avec des individus et entrepreneurs d'ici qui pourraient l'aider à rebâtir son pays, sans le faire à sa place.

Nous avons visité une dizaine d'entreprises afin de trouver des solutions à la déforestation et aux amoncellements de déchets de plastique qui s'accumulent aux Gonaïves. Plusieurs de ces rencontres portent aujourd'hui fruits, bien que les projets soient encore en cours de développement. Nous avons obtenu :

  • La traduction en créole du guide "Le compostage facilité" de la part de NovaEnvirocom et de la communauté haïtienne de Sherbrooke qui le traduira. Il sera ensuite adapté à la faune et à la flore haïtienne en Haïti. Le graphisme sera assumé par un graphiste de Sherbrooke.
  • L'impression de bannières de sensibilisation que Terre des jeunes concevra et affichera aux Gonaïves. C'est encore une entreprise de Sherbrooke qui les imprimera. De plus, deux infographistes de Montréal s'appliqueront à monter le design graphique à partir des photos qu'enverront les membres de Terre des jeunes Gonaïves.
  • Deux entreprises démontrent leur grand intérêt important à planter un nombre significatif d'arbres aux Gonaïves..... À suivre.
  • Une entreprise qui vend un facilitateur de compostage désire offrir un pourcentage de ses ventes à Terre des jeunes Haïti.
  • Une maison de production est intéressée à filmer un reportage sur les actions de Terre des jeunes.
  • Et Joël Augustin Dieuseul développe un projet d'émission de radio dont l'objet sera la sensibilisation de son peuple à différentes questions environnementales et sociales.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas reparti chez lui bredouille. Il a également rapporté avec lui des trousses pédagogiques offertes par l'AQPERE et des documentaires offerts gracieusement par certains producteurs.

Avec cette expérience, je réalise qu'il est TRÈS efficace pour un pays en voie de développement d'avoir un vis-à-vis dans un pays industrialisé, dans la mesure où cette personne a un bon réseau de contacts à mettre à profit. Plusieurs personnes rêvent de voyager et d'aider les peuples dans le besoin. Il est difficile de résister à la tentation de se rendre à l'étranger. Or, comme nous le savons, ce sont les individus des pays visés qui doivent se prendre en main et développer leurs propres projets. À la lumière de ce que nous avons fait pour Terre des jeunes, je crois que notre rôle est de trouver des ressources adaptées aux besoins de nos homologues. Et donc de bien comprendre leur pays, leurs besoins, leurs capacités, leur culture, etc.

Lors de nos visites, Joël, les membres du conseil d'administration de Terre des jeunes transnational et moi avons constaté qu'un certain nombre de technologies, bien qu'efficaces, n'étaient pas adaptées ni réalistes pour Haïti à l'heure qu'il est. Nous sommes restés vigilants pour ne pas tomber dans les pièges des entreprises trop voraces qui désirent profiter des dollars destinés à Haïti pour la reconstruction. Nous croyons avoir trouvé des solutions réalistes, quoique les recherches doivent se poursuivre dans le cas de la gestion des bouteilles de plastique qui posent tant de problèmes.

En conclusion

Je me demande à quel point les ONG qui sont dans les pays en développement sont ou ne sont pas efficaces. Je me demande si elles ne seraient pas davantage efficaces si elles jouaient un rôle de liaison plutôt qu'un rôle d'intervention ou de surveillance.

Enfin, j'invite tous les occidentaux désireux de faire de l'aide humanitaire à s'offrir comme lien entre leur pays et ceux de nos homologues des pays du sud. Vous m'en donnerez des nouvelles !

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